CANIS LEPORARIUS

Un voyage intérieur La découverte des encres-gravures de Barbara Shunyi lors de l'exposition "IMPRESSIONS / MULTIPLES, RELIEFS & CREUX" biennale qui se tient en France dans le Jura, fut pour moi un événement de plus pour confirmer que l'art occidental entretient des échanges constant avec l'art de l'extrême orient, depuis fort longtemps. Il ne s'agit pas d'exotisme mais plutôt d'une recherche de l'intériorité, un questionnement philosophique existentiel et esthétique. La référence à deux artistes français du XX° siècle exemplaires à ce propos semble une évidence : Henri Michaux, chez qui la création de signes inédits transforme la surface picturale en tissus d'émotions complexes et Jean Degottex chez qui le signe, affirmation d'un geste libéré, est le résultat d'une discipline au service de la proportion juste. Chez eux l'écriture des formes dévoile ce qui a été retenu de l'art et de la pensée chinoise. Barbara Shunyi a fait un séjour en Chine comme d'autres artistes contemporains. Ce voyage a transcendé son univers et son œuvre s'est nourrie de ce que ce séjour a pu lui donner. Elle a abordé intuitivement cette pensée qui évoque le rapport entre l'homme et l'univers, l'union réussie de la matière et de l'esprit, de l'émotion et du sujet contemplé. Dans les œuvres qui sont exposées la composition est lisible sur plusieurs plans, ces œuvres sont à la fois gravures donc multiples et peintures d'encre donc uniques. Pour moi la partie gravure exprime par sa légèreté ce qui tient de la mémoire, du passé, plusieurs signes y font référence : - L'éventail ou tout du moins ce qu'il en reste, un éventail qui a perdu son corps, évoqué par quelques lignes géométriques simples, comme un effacement de l'objet qui a pu être signe de la soumission et/ou de la séduction de la femme dans la société chinoise mais aussi espagnole. Un obstacle à la liberté. - Le tracé rouge, régulateur de la page d'écriture de l'écolier chinois ou de l'apprenti(e) calligraphe, comme les barreaux fragiles d'un système éducatif, qui peut être aussi un obstacle à la liberté. - Le sceau jaune et les formes carrées grises comme un rappel du pouvoir omniprésent et de l'ordre… La peinture d'encre vient alors en superposition, une peinture d'encre exploitant les richesses puissantes du noir et du gris mais qui est parfois retenue et entremêlée dans les traits de la gravure comme un présent lié au passé : - Les taches, les jetées d'encre, les calligraphies imaginaires, nerveuses, comme des griffures, sont autant de gestes frondeurs qui expriment la vie par leur variété, la vie telle qu'elle va, paysage multiple des émotions, espace de liberté mais aussi emprunt du chaos du cosmos. " L'art, écrit Henri Michaux, est ce qui aide à tirer de l'inertie", c'est bien cette expérience que nous livre Barbara Shunyi en nous proposant cette série d'encres-gravures. Alain Gabriel Bouvier artiste peintre plasticien (Le Jura France)
30 X 40 CM
1
Etching