L’ACTUALITÉ des expositions: 2e Prix international de Gravure René Carcan

Le concours international René Carcan, doté de plusieurs prix, rend hommage à l’art de la gravure. Pour l’édition 2016, le jury présidé par Gabriel Belgeonne a couronné à Bruxelles trois artistes aux univers très différents, tandis que des inter- nautes du monde entier décernaient le prix du Public.

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Développer et valoriser l’art de la gravure, tel était le vœu de René Carcan (1925-1993), graveur et aquarelliste belge. Il s’est réalisé grâce à la volonté de quelques amis, Ben Durant, Roger Dewint, Martine Rotsaert, Bernard Antoine,Martine Baplu etYves Hiernaux, qui ont créé le prix portant son nom au sein de l’association Espace René Carcan adossée à la Fondation Roi Baudoin. Cette année, l’exposition des œuvres a eu lieu à la Bibliotheca Wittockiana qui a également accueilli le jury présidé par Gabriel Belgeonne, peintre, graveur et l’un des fondateurs del’associationGravuresTandem74et du Centre de la gravure et de l’image imprimée à La Louvière. Ce jury inter- national était composé de Roger Dewint, graveur et dessinateur, de Dessislava Yougova, spécialiste bulgare de l’histoire et de la théorie de la culture, de Paul Bertemes, critique d’art luxembour- geois et d’Art & Métiers du Livre.

Dans une atmosphère calme et attentive, ils ont observé chaque feuille en évaluant les thèmes traités et leur mise en œuvre, la qualité de la gravure en fonction du médium choisi, la compo- sition, l’originalité du propos, la cohé- rence du travail, etc. Rappelons que ce concours s’adresse, sans limite d’âge, aux graveurs et étudiants en gravure de toutes nationalités et que les techniques admises sont la taille- douce, la lithographie, la linogravure, la xylogravure, la sérigraphie et le mono- type. L’envoi de quatre à huit œuvres récentes permet une perception relati- vement précise du travail de l’artiste.

Le Grand Prix, doté de 5 000 €, a été décerné à Weronika Siupka. Née en Pologne en 1977, elle enseigne à l’Aca- démie des beaux-arts de Katowice. Elle traduit par la taille-douce des scènes essentiellement architecturales, exemptes de présence humaine. Sur Strange Light, elle évoque un univers froid et inhospitalier. La répartition de l’ombre et de la lumière crée des plans faisant apparaître des fenêtres ou des portes qui mènent on ne sait où, tandis que la clarté provient d’un extérieur qui n’est pas montré. On quitte un monde angoissant pour se retrouver à l’extérieur d’un bâtiment dont il ne reste que la façade, sur la série du même nom. Le point de vue – en contreplongée – la rend monumentale. Son état nécessite un étayage minu- tieux, comme l’image d’un effondrement qui menace, à moins que ces poutrelles et cordages ne soient les prémices d’une réparation.

La Première Mention, dotée de 3 000 €, a été attribuée à l’Australienne Danielle Creenaune. Née en 1974, formée aux Beaux-Arts de Sydney, elle vit et travaille à Barcelone, après avoir séjourné plusieurs années à Londres. Les lithographies de la série « Pyrophyte » procèdent d’une expres- sion moins descriptive et plus évoca- trice, mais ont en commun avec le travail de Weronika Siupka une capacité singulière à dépeindre des paysages silencieux. Quelques touches passant du noir saturé à la trace évanescente suggèrent des espaces où semblent s’associer le minéral et le végétal, com- me les signes d’une permanence, voire d’une régénération, de la nature. Une référence aux violents incendies qui surviennent en Australie ?

C’est une Anglaise, Clare Davidson, qui a rem- porté la Seconde Mention, d’un montant de 2 000 €. Née en 1976, elle est titu- laire du diplôme de dessin et gravure de la Prince’s Drawing School et par- tage son temps entre l’enseignement et la pratique de la gravure et de la peinture. Ses monotypes à la pointe- sèche montrent un univers empreint de références au Japon. Les motifs s’inscrivent dans une forme évoquant l’éventail, laissant une large place à la feuille vierge. Les touches de couleurs vives, en à-plat ou en dégradé, animent les gravures où apparaissent également des noirs saturés ou estompés, sortes de réminiscences des « images du monde flottant », entre tradition et transcription d’un univers personnel où la figuration est à peine esquissée.

Quant au prix du Public, il a été décerné à Olesya Dzhurayeva. Née au Tajikistan en 1982, elle vit et travaille à Kiev, en Ukraine, où elle a étudié à l’Institut des arts décoratifs et appliqués, et elle a déjà exposé dans de nombreux pays. Ses quatre linogravures témoi- gnent de deux inspirations distinctes : l’une, classique, figure des objets du quotidien dans des natures mortes aux tons sépias qui jouent sur les transpa- rences et les reflets ; l’autre prend la forme de tondi constitués d’enchevê- trements d’une grande précision, qui rompent par endroits la perfection du cercle. Un palmarès entièrement féminin pour cette seconde édition, qui rend bien hommage à l’art de la gravure grâce à la diversité des techni- ques et des inspirations représentées !

Marie Akar